dimanche 22 février 2015

Taroculte 9: L’Ermite, la solitude bien vécue

En tant qu’introvertie indécrottable, je me reconnais énormément dans cette carte. L’Ermite est la lame de la solitude, de l’introversion, la méditation, le recueillement, l’introspection, l’observation distante du monde depuis un point de vue plus sage et expérimenté. L’Ermite, faisant figure de vieux sage, est souvent représenté par un vieil homme, sorte de rappel du Pape ayant perdu son statut mais gagné la véritable illumination. Débarrassé de ses obligations sociales (ou les ayant désertées) il peut se consacrer à la véritable sagesse, la véritable spiritualité, celle qui vient de l’intérieur. Cette lame n’est donc, en surface, pas une lame d’action. Elle est en quelque sorte l’anti-Chariot. Cependant, en profondeur, les choses avancent à grand pas puisque l’Ermite cogite en permanence. Il se remet en question, il regarde en arrière, fait le bilan de son expérience pour mieux pouvoir appréhender l’avenir (le sien ou celui des générations futures). Cependant, s’agissant la plupart du temps d’un vieil homme, sa vie semble en grande partie derrière lui. Si cette carte représente une jeune personne, elle pourra indiquer une maturité hors du commun, une propension à s’intéresser à la spiritualité, la psychologie, les sciences humaines… Elle est également la carte des casaniers, discrets, secrets et introvertis. Ceux que le monde extérieur imagine s’ennuyer à mourir seuls chez eux alors que tout un monde vit en eux en permanence, les privant d’ennui pour l’éternité. La carte de l’Ermite pourra apparaître lorsqu’il sera plus salvateur et ressourçant pour vous de rester au chaud avec un bon thé et un livre, plutôt que de passer la journée à faire du shopping dans un centre commercial bondé.

L’Ermite spirituel



Dans le Tarot des Anges, l’Ermite est ce traditionnel vieux sage, spirituel avant tout et possédant son monde intérieur bien à lui. Il est sans doute de ceux qui aiment lire et se perdre des heures durant en eux-mêmes. Cette carte porte ici un aspect quasi monastique, le personnage voûté n’ayant besoin de rien d’autre que sa canne et sa lanterne. L’aspect dépouillé valorise la richesse  intérieure. Sa lanterne illumine la voie, fait part de son expérience durement acquise, réchauffe et guide, facilitant l’élévation. Notre vieux sage semble fatigué, gage de sa grande expérience de la vie. Cependant, il reste debout et continue de marcher car le chemin est plus important que la destination. Va-t-il en avant ou à reculons ? Tout dépend si vous considérez, dans le contexte du tirage, que le point important est dans le passé, le présent ou le futur.


L’Ermite victime



Dans le Alice Tarot, l’Ermite est le personnage de la Simili-Tortue, sorte d’hybride à tête de veau, faisant référence à une célèbre soupe à l’époque de Lewis Caroll. C’est, comme souvent dans ce tarot, une image négative et détournée de la signification traditionnelle. Ce pauvre Ermite est peut-être destiné à être mangé, le grotesque tournant parfois au glauque dans l’univers d’Alice au Pays des Merveilles. L’approche ici est celle de l’Ermite qui se lamente et n’assume pas du tout son statut de solitaire, de paria. Il se victimise et se vautre avec application dans le misérabilisme le plus pathétique. On le voit pleurer, scrutant la mer comme l’étendue sans fond de son marasme émotionnel. Cet Ermite est un reclus plein de nostalgie qui, à la différence du sage traditionnel, est incapable d’avancer. Son introspection n’est en aucun cas constructive. Elle n’est qu’une excuse pour s’enfoncer toujours plus dans les méandres de sa dépression. Il est inconsolable et veut le rester. Sa carapace est un rappel malin du système de défense employé par les solitaires. Cependant, cette carte avertit sur les « fausses victimes », celles qui se plaignent et chouinent en permanence, aucune solution ne les satisfaisant véritablement, car cela les priverait de leur seule raison d’être : se plaindre.

L’Ermite asocial



Ma représentation préférée de l’Ermite est celle qu’Ian Daniels en fait dans son Tarot des Vampires. Voici un asocial comme on les aime. Un infréquentable. Un barje. Il est cette personne louche qui vit à l’écart de la bonne société, dans un endroit louche, s’adonnant à des choses louches. Il met une énergie puissante dans sa fuite du monde, ne pouvant apparemment pas (ou plus) souffrir la compagnie des autres. Il est en incompatibilité avec la société qui l’épuise, le juge et le désespère. Il nous tourne le dos, fuyant vers son repaire, traînant derrière lui son collier de crânes et son loup domestique, nous signifiant ainsi un « DEFENSE D’ENTRER » menaçant. Personnellement, j’adore ! C’est ainsi que je me sens quand, forcée de trop me sociabiliser, je finis par devoir me faire une cure salvatrice de solitude intensive. Cette image peut être également la vision tordue que la société se fait des introvertis, dans sa promotion outrancière pour la seule attitude publiquement approuvée : celle du chic type qui est soi-disant ami avec tout le monde et occupe tout son temps libre à remplir le vide avec sorties, réseautage et fêtes... (Mais quand ont-ils l’occasion d’ouvrir un bouquin ces gens-là ?!!) Cette carte montre que certaines personnes ne sont pas faites de ce bois-là ! Et c’est tant mieux !

Ceci était un communiqué du Mouvement Révolutionnaire des Introvertis Opprimés. A vous les studios…


Iria, Ermite confirmée



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